Bouzin des anaxyrides et autres parures légères.

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Bouzin des anaxyrides et autres parures légères.

Message  colleurs-d'affiches le Lun 26 Mai - 13:16

“Alséides et les étendues éveuses (*) de Patrick Polidano“ Version finale : dvd-images

à disposition dès mardi.

Bordeaux a ses « Caves du Vatican » - avec ses trésors qui ne se visitent guère- et cela, sous le siège aux roides colonnes de l’Hôtel de Région, Conseil Régional d’Aquitaine…

C’est là que quelques privilégié-es peuvent quotidiennement, à midi, jouir d’une commande publique à l’artiste peintre-photographe-scuplteur Patrick Polidano, en 2006, en s’immergeant dans l’entre-sol du snack-cantine de ce grand bâtiment devant lequel flottent foultitudes de pavillons et drapeaux. Œuvre “murale“ silencieuse, de 26 mètres par 2.

Polidano y a installé 26 panneaux photographiques monumentaux et rétro-éclairés, à tribord de cette cale, récemment élargie par Gérard Audouin, architecte subtil (**). Donnons quelques mots au sujet de cette Nautilo-Sixtine, toute pleine de Lumières et ambivalences picturales et culturelles.

Imaginons Polidano, cuissardes de pêcheur-marayeur remontées à mi-poitrine et se plaisant à arpenter les sols fertiles, prolixes mais incertains des bocages et marécages, des délicieuses zones humides gonflées par marées et mascarets, pluies et giboulées, fluctuantes en toutes saisons, lui, l’appareil photographique en main, vigilant. Les Beaux-Arts de Bordeaux lui ont laissé ce goût-là ; il y adjoint « l’apnée-shootage », cet art de retenir son souffle et de ne trembler ni bouger, afin de s’ancrer dans ces viviers complexes, secrets et craintifs, percer les eaux noires prédatrices, ou les cobalt et mercurielles, accrochant nuages et branchages entre deux limbes, les fluides parfois plus purs et cristallins que les baccarats ciselés, veinés ou marbrés. Ou piqués de plombs obtus…

Les triskiadekaphobes (***) tourneront le dos aux 26 images opalescentes qui éclairent les agapes et régimes fructivores ou ichtyophages des salariés du Conseil régional. Mais ici, point de macérations ; les eaux coulent & courent doucement sur le sel de la terre, les pubescences des petites fougères et micro-selva des ères primaires, les hypnes qui fondent en mucus indiciblement pétillant. C’est là un voyage quasi lymphatique qui se joue de strates en dérives, de niveaux en paliers et sous-courants. Et les convives surveillent leur domaine lacustre immémorial, ses ajoncs à venir, ses bois flottants et leurs champignons magiques, les herbes et algues frôleuses, où nichent et croissent quelques trésors clandestins et farouches…

Majorelle, Horta et Hoffmann, Guimard et Gallé ou bien Ruhlmann et Lalique, l’art Déco poussant l’art Nouveau – délaissant le japonisant Monet, les flores de Polidano n’excluent personne, mais les cieux, les abysses et frondaisons qui glissent sur les surfaces n’indiquent plus fonds et contre-plongées, hauts et bas, et l’interminable planéité de l’œuvre creuse un doute durable… Qu’est-ce qui « fait surface » et que fait donc « miroiter » l’artiste qui (s’) abuse délibérément.

On ne peut croire que prémonitoirement, l’artiste, adresse un signe aux cimentiers burdigalo-langonais ou palois, et aux aveugles qui plombent sans vergogne les eaux généreuses, ceux que n’effleure pas l’ombre d’un scrupule sur l’éradication de bestioles emplumées ou écailleuses : alors place aux rouleaux de béton autoroutiers.

Les amateurs d’art actuel pourront-ils jamais visiter ce curieux sanctuaire, fermé aux contribuables ordinaires ? Un vent coulis murmure que le mensuel Bus de L’Art Contemporain de la Mairie-CUB pourrait s’y arrêter parfois… Flânerie dominicale qui vaudra toutes les randonnées en tout-terrain sur l’A 65…

Et le dériveur impénitent relira « L’eau et les rêves », de Gaston Bachelard. (& « Smoke on the water »… )

Gilles-Ch. Réthoré


« Swim in my pool / Nage dans mon étang. », œuvre de Patrick Polidano.

Restaurant-cantine de l’Hôtel de Région, Conseil Régional d’Aquitaine.

11 rue François de Sourdis, Bordeaux.

Ranc. 05 57 57 02 61 / Entrée réservée.

Bus de l’Art Contemporain, rens ; 05 56 10 20 30 / 05 56 79 39 56.

RDV au Kiosque de la Culture, place Tourny, premier dimanche du mois, 14 heures 30.

Nota bene : Patrick Polidano & Jean Marie Baudon seront présentés par la Galerie A Suivre (rue de Marmande/Nansouty-Bx) au mois de juin : « Incontournable ».


(*) Se dit des grands étangs, des landes humides et prés-salés. Les “fanga“… Les Alséides sont – à jamais – les Nymphes des bocages et marécages.

(**) La coque, l’effet de cale, de ligne de flottaison, de mâtures sobres et hublots facétieux qui inventent cet espace sont l’œuvre de l’architecte Gérard Audouin, Agence Audouin-Lefeuvre. (Maison de goût, fondée le 1er avril 1987). (Mécénats de Labastère constructions & Dupon photo).

(***) Population obscurantiste allergique au nombre cardinal entier 13.







L’image à l’épreuve

En 1993, Luc Detot aura été lauréat de la Villa Médicis Hors-les-Murs (*). Pensionnaire en résidence à Madrid, où l’on peut méditer devant les Goya & Vélasquezles plus poignants ou les plus exagérés. Il avait 23 ans et le diplôme des beaux-arts en poche. Aujourd’hui, le critique et historien Dominique Dussol l’invite à présenter un panorama sélectif de ses œuvres, sous les voûtes de la Vieille Eglise Saint-Vincent de Mérignac. En une dizaine de périodes (1986 -2007), voici Detot en dessinateur à la mine de plomb sur poudre de marbre, photographe, graveur, sculpteur ou peintre plus perplexe que jamais devant les modes de représentation ou figurations du corps, pourtours, galbes et excroissances, figures ou viscères, palpitant ou post-mortem.

Graisses et eaux, fluides fuyants, cuirs et muqueuses, fibres et conduits, membranes et concrétions minérales et organiques, le regard amoureux corrige et oublie consciencieusement ce qui séduit le moins, préférant la flatteuse image du magazine glacé à la représentation pixellisée que propose d’endoscope ou l’échographie.

Depuis son enfance, jouée entre le Louvre et autres musées parisiens, Detot a apprivoisé les crânes et les tétons, les grimaçants simiesques et les Vénus sublimes, les rides et les replis voluptueux, les veloutés du pastel gras et les pubescences des papiers nobles, les reflets des vernis et encaustiques ; « Une œuvre, c’est du savoir et des saveurs », aussi amères, aussi onctueuses soient-elles.

Il y a vingt ans, huilant, paraffinant et imprégnant le papier devenu parcheminé comme vélin ou peau de chevreau, Detot ne donnait souvent que de subtils fragments de corps, emportés en quelques traits de fusain, volés ou entrevus, détails de belle précision, mais impossibles à rapprocher d’un corps commun. En d’autres temps il peint ou dessine des concrétions – des calculs rénaux, telle la gravelle de Montaigne – petits menhirs intérieurs, ou bien il traite de cairns, tertres ou dolmens où se rétractent les corps finis, les sacrifices et les offrandes qui les accompagnent, toutes époques et civilisations confondues. Un moment autre, il figure pudiquement des vases, des récipients, des canopes, des pots funéraires recelant tripes et viscères, organes du défunt, mais que nul ne penserait écarter de la dépouille, embaumée ou non, ou à sacraliser tel un cœur royal ou le sang d’un saint martyr ou d’un valeureux guerrier. Detot parle du corps, du funèbre parfois, jamais du morbide ni de l’abject.

Autre période, il restitue par la macro-photo argentique ses toutes petites figurines de terre, patinées, marbrées et veinurées de couleurs, brillantes de paraffine ; et laisse l’illusion, le doute s’incruster… Polypes, nécroses vénéneuses, univers génital, encéphale déployé ?

Et quoi de plus vivant que l’ombre portée d’un crâne sur une surface plane . Le jeu est permis.

Il faudra voir aussi la série des 118 petits ex-voto, installation modulable mais indissociable de plaquettes engravées de représentations humaines ou hominoïdes stylisées, simulant ou rejouant les arts néolithiques (Ou de l’actuelle Papouasie, par exemple.), ou des Vénus de Savignano, des effigies des Cyclades, des déesses de Dolni, les archets de Lascaux, des cabochons abstraits, des têtes du Fayoun ou des idoles haïtiennes ou yoruba, gravées et cirées en laquage noir luisant, sur des chutes de planches issues du Grand Théâtre Louis, de Bordeaux, ou des douelles de barriques.

Restent les portraits, grands formats de visages privés de regard sur le monde, sur le spectateur qui est alors dépouillé, dépossédé du dialogue qu’il allait familièrement tenir avec l’Autre. Mais non, l’Autre retient son « âme » de toutes ses forces et s’abstient de voir le corps du visiteur. Il en grimace à la folie. Et enfin, on imagine le visiteur penché sur les six petites dalles noires, luisantes, , visibles dans la crypte de la vieille chapelle, simples rectangles engravés de lignes simples et évidements géométriques qui évoqueront tantôt une épine dorsale, tantôt un appui-tête ou une coupelle sacrificielle. Installation radicale qui renvoie, en négatif, aux carrés des enfants morts-nés, peints en blanc, dans quelques cimetières de Bretagne.

Les vertiges et séductions de Detot, qui intime au(x) corps de se faire connaître, sont un moment de grande Peinture, celle où le doute se montre encore plus grand que le talent.


G.-Ch. Réthoré





(*) La Villa Médicis, Académie de France à Rome (et un peu partout dans le monde…) reçoit en pension des artistes et écrivains-théoriciens méritants, pour leurs recherches spécifiques, et leur offre ainsi la faculté de croiser durablement leurs regards et approches. Ainsi l’écrivain-poète et théoricien Emmanuel Hocquard et le peintre, graveur et photographe Alexandre Delay s’y sont rencontrés en 1987 et leur collaboration dure encore à ce jour, en éditions d’art. Et à l’Ecole des Beaux-Arts de Tarbes, la DRH-Culture de la municipalité bordelaise n’ayant pas cru bon de… Quelques curieux attentifs guettent l’expo qui réunira tous les Lauréats aquitains vivants, toutes disciplines et générations confondues, De Arsène-Henry à Detot, de l’architecture à la photo numérique. On peut rêver, non ???

Luc Detot / « L’image à l’épreuve ».Vieille église Saint-Vincent, Mérignac.

Ouvert tous les jours, de 14 à 19 heures, même le dimanche… Entrée libre !

Jusqu’au 13 juillet inclus.

Accès tram : ligne A, arrêt Mérignac Centre. 05 56 18 88 63

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